Racisme dans le milieu du handicap des enfants : quels impacts sur leur développement ?
Au handicap de l’enfant, il peut parfois s’ajouter l’appartenance à d’autres minorités visibles, et malheureusement bien souvent des discriminations qui les accompagnent. Comment se développe un enfant qui est à la fois victime de discrimination liée à son handicap, et à son origine supposée ou à sa couleur de peau ? Comment faire cesser cette situation ?
Au croisement d’une double discrimination
À l’école, dans un établissement de soins, ou dans d’autres situations de la vie courante, des enfants peuvent être victimes d’une double discrimination, concernant leur handicap, mais aussi leur couleur de peau. Comment se traduit cette situation ?
Mireille Péquignot est la présidente de Halte Discriminations, une association qui promeut l'inclusion, la diversité, la mixité et l’égalité à tous les échelons de la société. Au fil des années, elle a pu constater un certain nombre de situations de double discrimination chez les enfants. « On s’aperçoit que le racisme peut venir renforcer la discrimination que subissent des enfants en situation de handicap, par exemple dans le cadre scolaire. Nous avons des personnes qui nous contactent car elles rencontrent des difficultés à faire scolariser leur enfant porteur de handicap, et on se rend compte que parfois le nom de famille de l’enfant est un critère qui suffit à renforcer cette discrimination. »
Si les enfants ne perçoivent pas forcément qu’il s’agit d’une double discrimination, les parents, eux, sont souvent désemparés de la situation. « Dans ce cas, on envoie des courriers aux établissements, on fait de la médiation. Notre association porte un nom assez fort, souvent suffisamment impressionnant pour que les structures aient envie de trouver des solutions. Mais face à des situations non réglées on a moins d’impact, dans ce cas on oriente les parents vers le défenseur des droits. »
Alexandra Grégoire, psychologue clinicienne, constate également un réel manque de moyens pour accueillir les enfants dans leur individualité, dans certains établissements. « Les besoins qu’ils ont par rapport au handicap qu’ils portent ne sont pas toujours pris en compte. Et le fait d’être victime de racisme alourdit encore la situation. »
Impact sur le développement des enfants victimes de discrimination croisée
Lorsqu’un enfant subit une discrimination croisée, la violence de la situation atteint directement sa confiance en lui, et impacte son développement. Comment les enfants vivent-ils cette situation ?
« Même si l’enfant ne perçoit pas forcément qu’il s’agit à la fois de racisme et de validisme, il le ressent de manière violente. » explique Mireille Péquignot. « La double discrimination est encore plus impactante, car les caractéristiques se cumulent et exposent davantage la personne. En réponse, l’enfant peut devenir violent, et être stigmatisé comme étant un enfant violent alors qu’il s’exprime comme cela car il a du mal à verbaliser. » D’autres enfants, eux, vont se replier sur eux-mêmes, ou bien développer une phobie scolaire et ne plus vouloir se rendre à l’école, si les discriminations ont eu lieu dans ce cadre.
Selon Alexandra Grégoire, le racisme et le validisme peuvent impacter l’estime de soi, la confiance en soi, et le sentiment d’appartenance à la société. « Cela peut venir alourdir le handicap déjà présent, et la charge à porter par l’enfant. Cela peut aller jusqu’à une forme de dépression, des troubles de l’humeur, des émotions débordantes, qui viennent impacter le comportement de l’enfant. J’ai pu constater dans ma pratique que chez des personnes qui souffrent de troubles psychologiques ou neurodéveloppementaux, le fait d’avoir été victime de racisme a impacté négativement leur santé mentale dans l’enfance. »
Apaiser la souffrance
Que peut-on alors faire pour protéger les enfants ? Pour Mireille Péquignot, il est essentiel que les enfants n’intériorisent pas la violence subie. « Il est très important de travailler sur ces discriminations vécues et perçues par les enfants, à un âge où ils se construisent. C’est nécessaire tout au long de la vie, mais dans l’enfance il faut être particulièrement vigilant. »
La présidente d’Halte Discriminations pointe du doigt le fait que les notions de discriminations multiples ou d’intersectionnalité sont encore crispantes aujourd’hui pour certaines personnes, et créent des antagonismes. « On n’aime pas aujourd’hui évoquer le fait que plusieurs critères puissent se conjuguer et exposer plus fortement certains individus à la discrimination, mais ce n’est pas une compétition victimaire, c’est une réalité que nous observons. Même si toute discrimination est évidemment à bannir. »
Et pour la bannir, tout le monde doit agir à son niveau. « Il y a encore beaucoup à faire dans l’éducation sur ce sujet » confirme Alexandra Grégoire, « et également au niveau politique. On voit que ça a été complètement balayé dernièrement, il n’y a plus personne pour s’occuper de cette question. » déplore-t-elle.
Heureusement, il est possible d’intervenir individuellement, en tant que parent. « Il ne faut pas hésiter à dire des phrases positives à ses enfants » recommande la psychologue. « Il faut leur rappeler qu’ils ont leur place dans notre monde, qu’ils sont capables, et que ce n’est pas parce que la société a du retard sur la question que c’est à eux d’en porter la charge. »
Pour s’aider, il est possible de s’appuyer sur la lecture de livres pour enfants évoquant le handicap, la différence, ou encore la discrimination, comme « La petite casserole d’Anatole » (Isabelle Carrier, Bilboquet, 2009) ou encore « Comme un million de papillons noirs » (Laura Nsafou, Cambourakis, 2018). « Il faut ouvrir l’enfant au monde, qu’il sache qu’on est tous différents. En tant qu’êtres humains on a tous notre place sur la Terre. »