Éveil à la danse inclusive : la danse, vecteur d’expression et de partage
La danse inclusive permet aux enfants, en situation de handicap ou non, de s’exprimer autrement à travers le mouvement et en musique, maestro ! En favorisant l’inclusion, elle ouvre un espace unique d’apprentissage, de créativité et de partage, au bénéfice des enfants eux-mêmes, mais également de leurs parents.
Photo par Emmanuelle Lhote pour All Kids Are Cool Kids, tous droits réservés.
La danse est un langage universel, et pour les enfants en situation de handicap, elle offre une opportunité précieuse d’explorer leur potentiel créatif, d’améliorer leur motricité et de tisser des liens avec d’autres enfants. Depuis quelques années, la danse inclusive gagne en popularité en France, proposant une approche qui place l’inclusion et l’épanouissement personnel au cœur de sa démarche.
Danse inclusive : de quoi parle-t-on ?
La danse inclusive est un véritable mouvement sociétal, longtemps attendu par les parents d’enfants concernés par le handicap. Ce concept désigne les pratiques chorégraphiques qui accueillent des personnes en situation de handicap et pour certaines, également des danseurs valides, dans une dynamique d’équité et de respect mutuel. Loin de chercher à gommer les différences, elle valorise la singularité de chacun et transforme ces spécificités en une richesse collective. C’est une démarche où le langage du corps et la spontanéité dépassent les obstacles physiques, sensoriels ou mentaux.
Cette approche, apparue dans les années 1980 au Royaume-Uni avec des compagnies emblématiques comme la Candoco Dance Company, s’est depuis diffusée dans de nombreux pays. En France, la danse inclusive s’inscrit dans une volonté croissante d’inclusion et de reconnaissance des capacités uniques de chacun, en particulier dans les pratiques pédagogiques et artistiques.
Concrètement, la danse inclusive se distingue par son absence de standardisation : il ne s’agit pas ici de forcer un enfant à suivre des pas précis ou à atteindre un certain niveau technique, mais d’adapter la pédagogie à ses capacités et à ses besoins. Les mouvements deviennent des outils d’expression personnelle et d’interaction. La chorégraphie devient ainsi une composition collective où chaque contribution, qu’elle soit fluide ou fragmentée, participe à l’harmonie globale, mais aussi au bien-être individuel et à l’introspection.
Au-delà de l’expression artistique, la danse inclusive répond à des enjeux de développement personnel. Pour les enfants en situation de handicap, elle favorise la coordination motrice, la gestion de l’espace et le renforcement de la confiance en soi. Elle est également un puissant levier social, permettant à ces jeunes de s’intégrer dans un groupe, de coopérer avec leurs pairs et de trouver leur place dans un cadre bienveillant.
Enfin, pour les enfants valides qui participent à ces cours, la danse inclusive est une véritable école de la vie. Elle enseigne la tolérance, la capacité à s’adapter et une vision réelle de la diversité, loin des représentations usuelles vues dans les films et séries. La danse inclusive n’efface pas les limites, ne les minimise pas non plus, mais les transforme en opportunités de créer et d’apprendre autrement.
Danse et inclusion : concrètement, comment ça se passe ?
Dès le départ, tout repose sur une pédagogie sur-mesure. Les professeurs, souvent formés à la danse adaptée ou à des approches inclusives, accueillent chaque élève en tenant compte de ses capacités physiques, sensorielles ou mentales. Les séances sont conçues pour favoriser la participation de tous, avec des exercices modulables. Par exemple, un enfant en fauteuil roulant travaillera sur des mouvements des bras et du buste, tandis qu’un autre pourra explorer des déplacements au sol. Les consignes sont données de manière visuelle, verbale ou tactile, en fonction des besoins des enfants.
Les cours débutent généralement par un échauffement collectif. Ce moment permet de préparer le corps tout en favorisant une première connexion entre les enfants présents. L’échauffement peut inclure des mouvements simples et accessibles, comme des étirements, des balancements ou des exercices rythmiques.
Ensuite, les ateliers de création et d’improvisation prennent le relais. Ici, pas de « bonne » ou de « mauvaise » manière de bouger : chaque enfant est libre d’exprimer sa créativité en fonction de ses ressentis et de ses capacités. Pour vous donner une idée, la consigne pourrait être : « C’est votre anniversaire, et vous voulez exprimer la joie de recevoir un cadeau que vous attendiez depuis longtemps » Chacun y répond à sa façon, créant un dialogue unique entre les corps.
La chorégraphie collective est le temps fort des séances. Contrairement à une chorégraphie classique, où l’objectif est bien souvent de synchroniser les danseurs, la danse inclusive valorise les contributions de chacun. Chaque enfant peut ainsi proposer des idées ou adapter les mouvements proposés par le professeur.
Le liant au coeur de ces cours ? L’ambiance bienveillante, indéniablement. Les différences ne sont pas perçues comme des obstacles, mais comme des sources de créativité, des vecteurs d'expression. Les élèves valides apprennent à écouter leurs camarades et à s’adapter à leur rythme, tandis que les enfants en situation de handicap se sentent valorisés et intégrés. Les interactions sociales sont également encouragées : les cours incluent de fait des moments d’échange où les participants peuvent partager leurs impressions, sensations, ou travailler en duo.
En France, des écoles comme Les Duos Potentiels à Lille ou Aramis à Nantes ont développé des méthodologies particulièrement intéressantes. À Lille, les enfants sourds, malvoyants ou autistes sont invités à créer des danses basées sur leurs sensations ou leurs perceptions spécifiques. À Nantes, des séances mêlant danse et kinésithérapie permettent aux enfants ayant un handicap moteur de progresser dans leurs mouvements tout en s’amusant.
Les bénéfices sont nombreux : les enfants en situation de handicap gagnent en motricité, en confiance en eux et en autonomie. Pour eux, la danse devient une forme d’expression valorisante où ils peuvent exister pleinement, en dehors du prisme de leur handicap et du regard d’autrui. De leur côté, les enfants valides travaillent leur empathie, leur patience et une capacité d’adaptation qui les suivra bien au-delà du studio de danse.
L’option en mixité : quels bénéfices ?
Ce modèle repose donc sur un principe fondamental : la richesse des interactions naît des différences. Mais quels sont concrètement les bénéfices d’une telle mixité, tant pour les enfants que pour leur entourage ?
La mixité dans les cours de danse inclusive encourage d’abord une pédagogie participative où chaque enfant, quelles que soient ses capacités, a un rôle à jouer et une voix au chapitre. Les enfants valides apprennent à s’adapter aux rythmes et besoins de leurs camarades en situation de handicap, tandis que ces derniers découvrent des possibilités nouvelles d’expression et d’interaction. Les activités sont pensées pour que chacun puisse contribuer à sa manière, sans hiérarchie de performance. Résultat : une relation d’entraide et de complicité se tisse naturellement.
Marie, maman d’Éléna, 10 ans et autiste, raconte : « Au début, j’étais sceptique. Je me demandais comment Éléna pourrait s’intégrer à un groupe mixte. Mais dès les premières semaines, j’ai été bluffée. La bienveillance du groupe et l’attention des professeurs ont permis à Éléna de se sentir à l’aise. Elle a gagné en confiance et en autonomie. Elle adore danser et ne manque jamais un cours. C’est devenu son îlot de bonheur, son temps fort de la semaine, un espace où elle peut décharger ses tensions. » Pour Éléna, la mixité est donc une force. « J’aime danser avec mes amis. Ils m’aident quand je ne comprends pas. Et on rigole beaucoup », confie ainsi la petite fille. Son enthousiasme traduit l’impact positif de ces cours, notamment sur ses capacités de socialisation.
Julien, papa d’Hugo, 7 ans et quant à lui sans handicap, partage également son expérience :
« Ce n’est pas juste de la danse, c’est une vraie leçon de vie pour Hugo. Il a appris à voir au-delà des apparences et à respecter le rythme des autres. Il a compris que tout le monde a quelque chose à apporter, même si ce n’est pas de la même manière. Il est plus patient et attentif. » Hugo, de son côté, raconte avec fierté : « J’ai un copain qui danse en fauteuil roulant. Il est trop fort pour faire des tours. On fait une équipe super ! »
Pour les enfants valides, la mixité est donc une occasion de développer des qualités essentielles comme l’empathie, la coopération et l’acceptation des différences. Elle leur permet aussi de déconstruire des stéréotypes dès l’enfance : un enfant en situation de handicap n’est plus vu comme « différent » ou limité, mais comme un partenaire avec ses propres talents et une personnalité unique.
Pour les enfants en situation de handicap, ces cours offrent un espace où ils ne se sentent pas « à part », mais pleinement intégrés dans un projet collectif. Ils apprennent à travailler en équipe, à partager leurs idées et à accepter l’aide des autres quand ils en ont besoin, tout en osant exprimer leur créativité et leurs limites.
Et l’impact de cette mixité dépasse le cadre des cours eux-mêmes. Si les parents témoignent d’une évolution positive dans la manière dont leurs enfants perçoivent les différences, les enseignants, eux, se disent enrichis par cette approche qui les pousse à adapter sans cesse leurs méthodes pour répondre aux besoins de chacun.
4 écoles de danse inclusives à découvrir en France
Handidanse – Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine) : l’association Handidanse propose des cours adaptés à tous les types de handicaps. Les professeurs créent des chorégraphies personnalisées où les élèves travaillent en duo ou en groupe pour exprimer leur potentiel.
Les Duos Potentiels – Lille (Nord) : axée sur l’échange et la collaboration, cette école organise des ateliers où les enfants avec et sans handicap dansent ensemble. L’accent est mis sur l’improvisation et le partage des ressentis.
Danse les Yeux Fermés – La Varenne-Saint-Hilaire (Val-de-Marne) : fondée par une danseuse malvoyante, cette structure met en avant l’exploration sensorielle. Les cours sont accessibles aux enfants ayant des handicaps visuels ou moteurs, avec un travail sur le toucher et le rythme.
Aramis – Nantes (Loire-Atlantique) : en collaboration avec des kinésithérapeutes et des orthophonistes, cette école aide les enfants à développer leurs compétences motrices tout en favorisant leur créativité.
La danse inclusive dépasse donc la « simple » activité artistique : c’est un espace d’épanouissement, d’inclusion et de dialogue. Elle offre à chaque enfant, quelle que soit sa condition, la possibilité de s’exprimer et de tisser des liens uniques. Grâce à des initiatives comme celles évoquées au fil de cet article, la danse inclusive se présente comme une véritable passerelle entre les différences, où chacun, en bougeant, peut s’épanouir pleinement.
En savoir plus : le site de la Fédération HandiDanse Inclusive