Peut-on vraiment être écolo quand on a un enfant handicapé ? 

Entre freins économiques, manque de temps et besoins de leurs enfants, les parents d’enfants en situation de handicap se trouvent bien souvent confrontés à de nombreux dilemmes en matière d’écologie. 

Produits accessibles mais peu durables ou artisanat éthique mais onéreux, trouver le bon compromis dans ce paysage est un vrai challenge. Alors, comment conjuguer cet engagement pour la planète avec les réalités souvent complexes de la vie avec un enfant handicapé ?

Écologie : quels enjeux dans les familles concernées par le handicap ?

Dans les familles touchées par le handicap, la question des efforts en matière d’écologie se pose avec une acuité particulière… Les besoins des enfants en situation de handicap peuvent en effet entraîner une surconsommation de ressources, entre équipements spécialisés, aides techniques et produits de soin adaptés. Résultat ? Une empreinte écologique plus élevée, malgré les efforts des parents pour limiter cet impact autant que faire se peut. "Nous avons besoin de nombreux équipements spécialisés pour répondre aux besoins de notre fils. Cela signifie plus d'emballages, plus de déchets, et cela pèse lourd sur notre conscience écologique, mais on n’a pas vraiment le choix", témoigne ainsi Marie, mère d'un enfant atteint de paralysie cérébrale

Bien que de nombreuses familles cherchent activement à réduire leur empreinte écologique, l'inaccessibilité des alternatives durables reste un obstacle non négligeable. Les produits écologiques, comme les couches lavables ou les produits de soin naturels, peuvent être plus coûteux ou moins pratiques à utiliser pour les enfants en situation de handicap. "Nous aimerions utiliser des alternatives plus respectueuses de l'environnement, mais elles ne sont tout simplement pas adaptées aux besoins de notre fils. Nous sommes donc souvent contraints de choisir des solutions moins écologiques par nécessité", souligne ainsi Thomas, papa d’un petit garçon sur le spectre de l’autisme, "Lou n’accepte que certaines textures et odeurs sur sa peau, et impossible de trouver les produits de soins écologiques adaptés à ses besoins, la gamme n’étant pas assez prolifique en la matière". De même pour les peluches qui permettraient à Lou d’exprimer ses émotions. "Soit c’est hors de prix, et on ne peut pas se le permettre, soit c’est fabriqué à l’autre bout du monde, dans des conditions probablement douteuses", poursuit le papa.

Qui plus est, les déplacements fréquents pour les consultations médicales, les thérapies et interventions chirurgicales constituent également un challenge écologique pour de nombreuses familles. Les trajets en voiture contribuent effectivement aux émissions de gaz à effet de serre, mais pour beaucoup de parents, ils sont indispensables pour assurer les soins et le suivi médical de leur enfant. "Pour Lou, prendre les transports en commun est tout simplement impossible, en raison des nombreux stimuli environnants, et des crises d’angoisse et de panique que cela génère chez lui", souligne Thomas. De même, Sarah, mère d'un enfant atteint de troubles neuromusculaires, explique : "Nous vivons à plus d'une heure de route de l'hôpital le plus proche, donc nos déplacements sont inévitables. Nous essayons de compenser en limitant nos déplacements autant que possible, mais souvent, c'est juste impossible". Et la voiture électrique ? "Les seuls modèles sur le marché pouvant accueillir le fauteuil d’Henri sont tout simplement hors de prix, on ne peut pas se le permettre", conclut-elle.

Écologie et handicap : entre freins économiques et manque de temps

Dans le quotidien déjà chargé des familles ayant un enfant en situation de handicap, le poids économique de l’écologie et le manque de temps ajoutent une couche de complexité au maintien de leurs engagements écologiques. Les coûts liés au handicap peuvent effectivement rapidement s'accumuler, laissant peu de marge pour les choix écologiques, souvent plus onéreux que l’offre classique. "Nous jonglons déjà avec un budget serré pour répondre aux besoins de notre fils. Bien que nous soyons conscients de l'importance de choisir des options plus écologiques, nous devons parfois faire des compromis pour pouvoir boucler nos fins de mois", illustre ainsi Marie.

Qui plus est, entre emploi du temps serré et temps de recherche pour répondre aux besoins complexes de leur enfant, trouver un temps supplémentaire pour rechercher des alternatives durables apparaît alors comme un luxe inaccessible pour beaucoup. "Nous sommes constamment débordés par nos responsabilités quotidiennes. Trouver le temps de penser à l'impact écologique de nos choix est souvent relégué au second plan,  malheureusement", poursuit Marie, "D’autant plus que l’offre de fast fashion et autres industries pas du tout écologiques s’est étoffée et a envahit internet. Il faut donc déployer encore plus de temps pour trouver le produit que l’on recherche sous sa forme écolo, c’est un vrai casse-tête".

Face aux freins économiques et au manque de temps, les parents se retrouvent donc souvent contraints de prioriser les besoins immédiats de leur enfant plutôt que des considérations écologiques à plus long terme, en toute logique, bien entendu. L'urgence des soins et des thérapies prend souvent le pas sur les préoccupations environnementales, laissant peu de place pour des choix plus durables.

Devant cet équilibre délicat, les parents d'enfants en situation de handicap se retrouvent donc face à un dilemme presque insolvable.

Écologie : quelles solutions pour les parents d'enfants en situation de handicap ?

Malgré les obstacles, de nombreuses familles trouvent des moyens créatifs pour vivre en accord avec leurs valeurs écologiques. Cependant, on vous l’accorde, cela demande du temps selon le produit recherché. "Plutôt que de lui imposer des soins naturels tout faits qui ne lui plaisent bien souvent pas, on a décidé d’en faire une activité ludique en fabriquant nous-mêmes lesdits produits à base d’ingrédients naturels validés par notre médecin", explique Thomas, "Cela peut sembler insignifiant, mais pour nous, chaque petit geste compte". Bonne surprise pour le papa, le petit Lou s’est vite intéressé à cette activité, qui est depuis quelques mois devenu leur moment écologique à eux.

Les parents d'enfants en situation de handicap font de fait preuve d'une grande créativité et flexibilité pour trouver des solutions écologiques adaptées à leur réalité. Recyclage, réutilisation d'équipements médicaux lorsque cela est possible ou recherche de moyens alternatifs pour réduire leur empreinte carbone sont autant de petits gestes qui comptent au quotidien. Mais pour Thomas comme pour bien d’autres parents, les efforts côtés offre ne sont pas à la hauteur et ne leur simplifient pas la tâche, loin de là. "Il faut rendre les alternatives durables plus accessibles et abordables pour les familles touchées par le handicap, et sensibiliser le grand public aux difficultés que l’on rencontre", alerte Thomas. "Nous devons être entendus dans le débat sur l'écologie. Nos voix comptent, et il est temps que les militants écologistes reconnaissent les défis auxquels nous sommes confrontés et travaillent avec nous pour trouver des solutions inclusives", confirme de son côté Nadia, mère d'un enfant porteur de trisomie 21, "Je pense qu’il faut aussi que l’on se décomplexe sur le sujet : nos enfants ont des besoins différents des autres, qui nécessitent une consommation supérieure. De fait, nos efforts écologiques sont eux aussi différents, peut-être moindres aux yeux des familles de valides, mais beaucoup plus coûteuses mentalement et financièrement que les leurs, et c’est une réalité avec laquelle nous devons faire la paix".

Dans leur quête pour concilier valeurs écologiques et réalités de la vie quotidienne avec un enfant en situation de handicap, ces parents font donc preuve d'une détermination remarquable et surtout, d’une volonté inébranlable de préserver la planète pour les générations futures.

Val Leroy pour LR Médias

Val est journaliste-pigiste depuis plus de 10 ans et passionnée de sujets société. Ses thèmes de prédilection portent sur le handicap, le genre, les violences sexistes et sexuelles. Elle traite également de sujets feel good et lifestyle.

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