Allaiter un bébé handicapé, malade ou avec une malformation : un défi méconnu

La semaine mondiale de l’allaitement est l’occasion de revenir sur une pratique ancienne et universelle, souvent vantée pour ses bienfaits. Mais qu’en est-il lorsque l’allaitement concerne des bébés handicapés, malades ou avec des malformations ? Peu évoqué, ce sujet reste une réalité complexe pour de nombreuses familles. À travers des témoignages et des études, nous allons explorer les obstacles, mais aussi les solutions mises en place pour accompagner ces parents dans leur parcours d’allaitement.

Un enjeu médical et émotionnel

Dans certains cas, le lait maternel peut offrir des avantages cruciaux aux bébés qui font face à des défis de santé particuliers. Pour les enfants malades ou présentant un handicap, il ne s’agit pas seulement de nutrition, mais aussi de soutien émotionnel et médical, notamment en raison de la protection immunitaire qu’il offre. Cela peut être particulièrement important dans des situations où l’enfant subit des interventions médicales ou des hospitalisations répétées.

Pourtant, les mères qui souhaitent allaiter un bébé souffrant d’une maladie ou d’un handicap se heurtent à de nombreux défis. Selon une étude de Pediatrics (2018), seulement 35% des mères de bébés nés avec des malformations ou des troubles graves de la santé parviennent à allaiter exclusivement pendant les trois premiers mois, contre 60% dans la population générale. Un chiffre qui montre l’importance du soutien nécessaire pour ces familles.

Allaiter un bébé avec une malformation : des obstacles physiques

Certaines malformations, notamment celles affectant la bouche, la gorge ou l’appareil digestif, peuvent rendre l’allaitement difficile voire impossible. La fente palatine, par exemple, empêche le bébé de créer l’effet de succion nécessaire pour extraire le lait. Dans ces cas, il n’est pas rare que les mères se tournent vers le tire-lait afin de nourrir leur enfant via une sonde ou un biberon.

Des solutions existent toutefois. L’association La Leche League France rappelle qu’il est possible d’utiliser des dispositifs comme les téterelles ou des biberons spécialement conçus pour faciliter l’alimentation des bébés avec des malformations buccales. Mais ces aides techniques ne compensent pas toujours les défis émotionnels. Le sentiment de déconnexion physique peut affecter le lien d’attachement, une problématique souvent sous-estimée mais essentielle pour la santé mentale des parents.

Bébés prématurés ou malades : l’allaitement à distance

Les bébés nés prématurément ou nécessitant des soins intensifs dans les premiers mois de leur vie ne peuvent parfois pas être nourris directement au sein. Dans ces cas-là, le lait maternel est souvent administré via une sonde. Selon l’Inserm, 50% des bébés prématurés en France sont nourris avec du lait maternel exprimé.

Ce processus, qui peut paraître simple en théorie, est en réalité très éprouvant pour les mères. Utiliser un tire-lait plusieurs fois par jour dans le contexte stressant des services de néonatologie demande un effort mental et physique colossal. De plus, le manque de contact direct avec le bébé peut entraîner une baisse de la lactation, rendant encore plus difficile l’allaitement sur le long terme. Selon une étude de The Lancet (2019), environ 40% des mères ayant un bébé en soins intensifs arrêtent l’allaitement dans les trois premiers mois.

Cependant, les hôpitaux sont de plus en plus conscients de l'importance de l’allaitement, et des initiatives fleurissent pour encourager les mères à poursuivre. Le programme « peau à peau », qui consiste à poser le bébé sur le torse nu de sa mère ou de son père, favorise la production de lait et aide à renforcer le lien affectif.

Le handicap invisible : troubles neurologiques et autisme

Pour certaines familles, la difficulté réside moins dans les aspects physiques que neurologiques. Les bébés souffrant de troubles du spectre autistique ou de handicaps neuro-développementaux peuvent présenter des comportements alimentaires déroutants, voire refusent d’être allaités. Des troubles sensoriels peuvent rendre le contact avec le sein inconfortable pour ces enfants.

Dans ces cas, l’accompagnement des parents devient fondamental. Des professionnels de la santé formés à ces spécificités peuvent proposer des techniques adaptées pour réintroduire progressivement l’allaitement, comme l’utilisation de coussins ou de positions alternatives. Un soutien psychologique est aussi recommandé pour aider les mères à surmonter la culpabilité ou la frustration liées à ces difficultés.

Un soutien nécessaire à tous les niveaux

Face à ces défis, l’accompagnement des mères d’enfants handicapés ou malades est crucial. Malheureusement, les dispositifs d’aides spécifiques sont encore trop rares. Les professionnels de santé ne sont pas toujours formés aux particularités de ces allaitements. D’après une enquête menée par l’Association Française de Pédiatrie Ambulatoire (2021), près de 60% des mères de bébés handicapés estiment ne pas avoir reçu de soutien suffisant pour allaiter leur enfant dans de bonnes conditions.

Pourtant, des initiatives existent. Certaines associations comme SOS Préma ou Les Enfants d’abord organisent des groupes de parole et des ateliers pour aider les parents à se sentir moins isolés. Il est également essentiel que les maternités et services pédiatriques intensifient leur soutien à l’allaitement dans ces contextes spécifiques.

L’allaitement au-delà des normes

Allaiter un bébé handicapé ou malade, c’est souvent un parcours semé d’embûches. Mais c’est aussi une manière de répondre aux besoins uniques de ces enfants, qu’ils soient nutritionnels, médicaux ou affectifs. Les parents de bébés handicapés qui souhaitent allaiter méritent d’être entendus et accompagnés, car leur engagement dépasse de loin les normes habituelles de l’allaitement.

En cette semaine mondiale de l’allaitement, il est indispensable de rendre visible cette réalité. Non pas pour culpabiliser celles et ceux qui font des choix différents, mais pour rappeler que chaque allaitement est unique, et que derrière chaque difficulté se cachent des histoires de résilience et d’amour.

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