Pourquoi refuse-t-on aux enfants handicapés le droit d’être ordinaires ?
On les admire, on les applaudit, on les élève en symboles de courage.
Ou bien on les plaint, on les infantilise, on détourne le regard.
Mais pourquoi est-ce si difficile de simplement les voir comme des enfants ?
Photo par Emmanuelle Lhote, stylisme et DA Alizée Clément
Pourquoi faudrait-il être un héros pour avoir le droit d’exister dans une cour d’école ?
Pourquoi faudrait-il être une source d’inspiration pour qu’on daigne vous inclure ?
Pourquoi faudrait-il se battre pour accéder aux choses les plus banales : une classe, un bus, un club de sport ?
Le plus grand scandale, ce n’est pas l’injustice criante.
C’est qu’elle soit banale.
On a construit un monde où l’ordinaire est réservé à certains.
Où un enfant handicapé devient une "exception", un "cas", un "dossier à traiter".
Et pourtant…
Ils rient.
Ils rêvent.
Ils s’ennuient, aiment et détestent .
Bref, ils sont ordinaires.
Et c’est bien ça qui dérange.
Parce qu’admettre qu’ils sont ordinaires, c’est admettre que c’est nous qui ne le sommes pas.
Que c’est nous qui avons inventé des cases où ils ne rentrent pas.
Que c’est nous qui avons dressé les barrières et feignons de ne pas les voir.
Alors, et si on arrêtait de projeter sur eux tout ce qu’on veut qu’ils soient ?
Si on cessait d’exiger d’eux plus de force, plus de patience, plus d’adaptabilité que n’importe quel autre enfant ?
Si, pour une fois, au lieu de leur refuser l’ordinaire, on leur donnait juste le droit d’être des mômes ?
Rien d’exceptionnel. Juste normaux.
Et si c’était ça, la vraie révolution ?